SYMBOLIQUE du VENTRE

SYMBOLIQUE du VENTRE

SYMBOLIQUE DU VENTRE


Qu'est ce que le ventre ?


Boom de l'alimentation santé, des médecines purificatrices et succès fulgurant d'ouvrages sur le sujet : notre tube digestif, longtemps méprisé, reprend place au centre de nos vies. Le point sur tout ce dont il est capable d'engendrer.


À première vue, "l'intestin ça craint". C'est ce que constate l'Allemande Giulia Enders, auteur du best-seller Le charme discret de l'intestin, Tout sur un organe mal aimé. Parce qu'il "n'est bon qu'à se vider", "pendouille inutilement dans le ventre", est programmé pour "produire des petits tas nauséabonds" et lâcher "un pet de temps à autre"... l'intestin nous fait honte.

« Un tabou ». Tout comme on se refuse à utiliser des toilettes publiques, « Rien que d'en parler nous liquéfie. » Même résistance, on finit par avouer que, lorsqu'on dort chez son compagnon, nous préférons filer vers le premier café pour se rendre aux toilettes en paix : "pas du tout libérée par rapport à ça. Nous préférons risquer l'occlusion intestinale que de dévoiler le côté obscur de nôtre intimité." "rien de plus cauchemardesque", "phobie digestive" , "C'est trop dégoûtant tout ça. »

Mais voilà que l'essai de Giulia Enders, qui nous enseigne avec franchise et humour "l'art de bien chier en quelques leçons ». Tout en démontrant l'importance de nos intestins sur notre mental, l'auteure parvient à briser l'omerta héritée "de nos sociétés hygiénistes et freudiennes", note Michel Neunlist, directeur de recherche à l'Inserm.

Ce qui se joue dans nos tripes passe désormais au premier plan.

Le mal au ventre ...

"Lorsqu'on sait que les douleurs abdominales sont la première cause de consultation aux urgences, ça n'est pas bien surprenant", tranche le gastro-entérologue Benoit Coffin. Syndromes de l'intestin irritable, constipation sévère, diarrhées aiguës : ont à mal au ventre, et faim d'explications. "L'intestin, c'est l'inconnu dans la maison, un fou furieux toujours prêt à me plier en deux. Il suffit d'une légère angoisse, d'une vague inquiétude. Mon ventre devient dur, douloureux, je ne peux presque plus respirer, à peine marcher." Pour calmer le jeu, une solution : « Se jeter à plat ventre, en urgence », « Tout n'est qu'une affaire de stress »

Le ventre dit de nous ce que nous sommes. Si les angoissés ont "l'estomac noué", si les lâches manquent de "tripes", si les trouillards avancent "la peur au ventre" et si les amoureux ne se font pas de "bile"... c'est que notre abdomen renferme davantage que d'obscures fonctions digestives. "Quel organisme irait constituer un tel réseau de nerfs pour gérer un banal tuyau péteur ?" s'amuse Giulia Enders. Pour elle comme pour de nombreux scientifiques, notre abdomen canalise notre vécu émotionnel, joue avec nos humeurs et interfère avec notre personnalité. "Les humeurs moroses, la joie, le doute, le bien-être ou l'inquiétude ne sont pas que le produit de notre crâne", souligne Giulia Enders.


Avec ses substances psychoactives endogènes(1), le ventre a le pouvoir de donner naissance à du découragement ou de l'enthousiasme, de l'impuissance ou du plaisir, de la dépression ou de l'accomplissement.


En bref, notre ventre est un deuxième cerveau. Situé au centre du corps, il est à lui seul "un véritable substrat anatomique". Car les parois des intestins, tapissées de millions de neurones et chargées de neurotransmetteurs, fabriquent 95 % de la sérotonine ("hormone du bonheur") et abritent deux tiers du système immunitaire. Conséquences : stress, fatigue, angoisses et autres maux de la vie moderne y prennent racine. Hormis ce lien direct entre santés mentale et intestinale, les chercheurs commencent aussi à prouver que notre abdomen joue un rôle dans certaines maladies chroniques ou dégénératives. "Le ventre permet de comprendre un nombre très important de pathologies différentes", atteste Pierre Desreumaux, professeur en gastro-entérologie à l'université Lille 2.

Parce que le "cerveau du bas" est doté des mêmes récepteurs nerveux que celui "du haut", la maladie d'Alzheimer, celle de Parkinson ou la dépression s'attaquent simultanément à l'un et à l'autre. Les médicaments destinés à agir sur l'un ont donc des effets sur l'autre. Ainsi, au début d'un traitement par antidépresseur, près de 25 % des patients souffrent de nausées, diarrhées ou ralentissement du transit. Une relation repérée par les médecins chinois, qui soulignent les bienfaits de l'acupuncture abdominale. Autant d'éléments qui permettent de penser que la clé de la guérison pourrait se trouver dans notre ventre et que, à l'avenir, l'ensemble de ces pathologies pourrait être diagnostiqué par biopsie rectale. En attendant de nouvelles révélations, prendre soin de ses intestins devient une urgence. C'est même une tendance.


La malbouffe, responsable du dérèglement de notre tube digestif


Première mesure : remettre en question son alimentation. Après des décennies de malbouffe dopée aux plats industriels, il s'agit de ne plus rester victime d'une société qui nous tord le ventre. Une société "trop stressante et oppressante", soupire Elodie, 26 ans, commerciale ; "trop industrialisée et dénaturée", s'agace Juliette, 29 ans, enseignante ; "une boîte à cancers", lâche Julie, 29 ans, chef de projet numérique. Toutes ont choisi de couper net le gluten, cette "glu qui vous colle au ventre", s'écrie Elodie. Pourtant, si les adeptes du "no-glu" se multiplient, "seul 1 % de la population présenterait une véritable intolérance au gluten", souligne Brigitte Jolivet, présidente de l'Association française des intolérants au gluten.


Pour le nutritionniste Jean-Philippe Zermati, ces pratiques entraînent une augmentation des troubles alimentaires. Il dénonce ces "excès qui pervertissent la nourriture" et s'agace d'observer :

une cacophonie diététique. Plus personne ne sait se nourrir. Dans ce climat anxiogène, tous les systèmes de rassasiement sont déréglés.

Et si, face au dérèglement de notre tube digestif, il suffisait de le nettoyer afin d'épurer ses humeurs ? C'est ce que prônent les partisans de l'hydrothérapie du côlon, version moderne du lavement. L'objectif est simple : décoller de la paroi intestinale les résidus anciens qui gênent son fonctionnement.

Mais "tant que vous n'améliorerez pas votre relation au monde, votre intestin ne s'apaisera pas", insiste Françoise Gross, infirmière et hydrothérapeute depuis vingt-cinq ans. Autrement dit, pour aller mieux il faut prendre soin de son alimentation, apprendre à mâcher, oser lâcher prise et s'ouvrir aux autres. Bonne chance.

Ou en attendant, se mettre à ne plus avoir peur de son ventre et de le prendre en main et de le masser ou éventuellement voir des thérapeutes qui utilise une méthode japonisante sur le Massage du ventre ou Ampuku. Moins brutale et plus digeste si je peu dire ainsi .

Pour parler de la symbolique du ventre, je propose de partir de ce qui vient d'emblée à l'esprit, et qui correspond sans doute à un thème très ancien.

Le ventre est un symbole féminin, maternel qui évoque la fécondité, la grossesse, la naissance, thèmes qu'on peut facilement associer l'un à l'autre mais que l'on peut cependant distinguer :

La fécondité renvoie à la fertilité, à l'avenir (entretien d'une promesse).

La grossesse renvoie à une dimension de demeure archaïque, de première enveloppe.

La naissance renvoie plus à la notion d'origine, c'est à cet endroit que la vie commence.

Ces thèmes tournant autour de la maternité, de la fertilité sont, j'ai l'impression, élaborés par l'Homme depuis la nuit des temps : les sculptures préhistoriques de représentations féminines montrent des corps avec de gros ventres, de larges hanches, une poitrine imposante ; corps de femmes enceintes. C'est le thème de la fertilité.

Les traces des premières représentations artistiques sont les peintures rupestres retrouvées sur les parois des cavernes, lieux associés et assimilés au thème du ventre. Qu'allaient faire ces hommes dans les cavernes, qu'allaient-ils chercher dans les « entrailles » de la terre sinon chercher quelques vérités sur la nature, sur l'énigme de l'Homme ?

En dehors de ces diverses perspectives et sans doute de façon plus archaïque encore, le ventre peut renvoyer à quelque chose de l'indifférenciation, d'un hors temps où la confusion règne : le ventre lieu de tous les maux mal définis, de toutes les tensions dont on n'arrive pas à déterminer l'origine, lieu où les émotions les plus douloureuses nous prennent. Ventre, grosse marmite où toutes ces souffrances se succèdent, se mélangent, se superposent et s'installent. Le ventre prend ici une connotation d'enfermement, de lourdeur, de douleurs indicibles.

Avoir mal au ventre est une sensation floue, souvent diffuse, le contenu de notre ventre nous échappe, nous le connaissons mal. Autant visualisons-nous assez facilement le contenu du thorax et sa fonction, mais pour tous ceux qui n'ont jamais ouvert un livre d'anatomie le contenu du ventre reste bien mystérieux et les douleurs restent sujettes aux diverses interprétations et aux inquiétudes.

En Afrique, chez les Sérère du Sénégal et chez les Gouro de Côte d'Ivoire, le ventre est le siège de la douleur autant physique que morale, du secret et de la parole. Le ventre est l'endroit des sentiments aussi variés soient-ils (colère, joie, jalousie) alors que la tête est celui de la pensée et du savoir. Cette représentation partagée du corps, où la tête est le lieu de la réflexion et de la raison, et le ventre le lieu des émotions ne nous est pas étrangère et est équivalente dans notre culture. [1]

Chez les chinois taoïstes, le Qi original, lieu de rencontre du corps énergétique et du corps physique, se situe au milieu du ventre. Toutes les tensions physiques ou psychiques ressenties vont faire écho au niveau du ventre, ce ventre étant ici considéré comme un centre énergétique, un centre de gravité, un centre émotionnel. Le ventre participe au maintien de la santé physique et psychique.

Chez les taoïstes, l'élément associé au ventre est la terre, la saveur est le doux, le sucré, la saison est la fin de l'été.

« Le ventre est une grande chaudière, un lieu de transformation, il symbolise récolte et matérialisation ».


Chez les bouddhistes, on retrouve le Bouddha et son « ventre exposé » celui-ci représente

alors le bonheur, la chance et la plénitude.

Dans la mythologie chinoise, le ventre est le siège de l'âme. [2]

Pour les indiens, le ventre est également le siège de l'âme, racine de la vie ; ils font un rapprochement morphologique entre la structure du cerveau et celle de l'intestin grêle : tous deux disposés en circonvolutions ressemblantes, ils considèrent le ventre comme le « deuxième cerveau ». [2]


Le ventre est séparé du thorax par le diaphragme, muscle inspirateur principal. Le diaphragme est un dôme musculaire fixé au-dessus des viscères du ventre, son centre, le centre phrénique, aménage un lit pour le cœur. « Phren » dans la Grèce antique désignait l'humeur, l'âme, l'état d'esprit : encore beaucoup de symbolique autour de ce diaphragme, élément moteur de la respiration. Son premier mouvement permet à la vie de commencer et son dernier marque la fin de la vie.

Le ventre, de par son action synergique avec le diaphragme est également à la base du souffle. Un ventre dur, tendu, douloureux empêche la respiration de se faire normalement, il nous opprime, rend le souffle difficile et insuffisant : épuisant et angoissant.


Nous pouvons faire un tour également par nos mythologies occidentales, contes et histoires qui ont bercé nos enfances. Les Ogres terrifiants ou le loup du Petit Chaperon Rouge dévorant les enfants qui deviennent alors prisonniers du ventre du monstre...



Dans la mythologie grecque, Cronos, ayant entendu qu'il serait détrôné par un de ses enfants, décide de les dévorer tous. Zeus, sauvé par sa mère échappe à ce destin, plus tard il libérera ses frères et sœurs du ventre de leur père en lui donnant un vomitif.

Dans la Bible, Jonas, ayant désobéi à son dieu, se retrouve perdu en mer dans une terrible tempête. Pour calmer les eaux celui-ci se jette à la mer et sera avalé par une baleine. Il restera 3 jours prisonnier du ventre de la baleine, avant que celle-ci ne le recrache sur la berge après qu'il se soit repenti.

Ce détour par ces mythologies ou philosophies, pour revenir à notre culture pour laquelle ces thèmes n'ont rien d'étranger nous renvoyant à une certaine universalité des croyances.

Le ventre dans nos sociétés actuelles perd toute symbolique, la « libération des corps » aura eu pour conséquences au bout du compte de nous amener à considérer notre corps comme un objet étranger. Le corps et l'individu ne font plus un. Le corps apparaît comme une possession, un bien, qui dans une société matérialiste devient soit source d'intérêt (financier entre autre) soit source de rejet : source de fierté ou source de honte. Le corps considéré comme objet a des impératifs : il se doit de suivre les idéaux de la beauté, il doit être en bonne santé, il doit être jeune, il doit être nourri par certains biens de consommation (club de gym, cosmétiques, mode...). Son possesseur doit faire tout ce qu'il peut pour le faire rentrer dans cette norme et malheur à ceux qui n'y arrivent pas, forcément responsables de leur échec. Dans cette absence de symbole et de sens, le ventre à une place centrale : ventres plats, musclés, durs et rien d'autre. Les douleurs, les troubles gastriques n'ont pas de place, souvent honteux et tabous.

Les douleurs au ventre ne sont-elles pas un appel au retour du symbolique, nous rappelant à la dimension humaine de notre corps, certainement bien plus qu'un bien de consommation ?

On se rend compte que les différents thèmes élaborés autour du ventre peuvent se compléter comme ils peuvent s'opposer. Ainsi le ventre est le lieu de l'enveloppe originelle, du repli, du bien être et de la réassurance ; il est aussi le lieu de la dévoration (ogre, Chronos qui dévorent ses enfants) et de l'emprisonnement (Jonas, le Petit Chaperon Rouge) ; il est le lieu de l'indicible, de la confusion et du secret, se donnant à entendre dans la souffrance mais aussi le lieu de l'origine, du sens et de la sérénité. Il est lieu du commencement et par certains aspects lieu de la fin.

Les symboles ne sont pas question de savoir et leur définition n'est pas empirique ; symbole, en grec signifie « lier ensemble » (son opposé étant : séparer, diviser). Ainsi les symboles apportent une question, une réflexion qui naît du lien de deux opposés.

Que peut apporter cette réflexion sur les symboles, pour nous ?

Les douleurs du ventre ont définitivement une dimension psychique importante : soit parce qu'elles sont la cause d'une souffrance psychique enclose essayant de transparaître par l'intermédiaire du corps, soit par la souffrance psychique qu'elles entraînent lors de leur chronicité.

Le ventre en rééducation doit être abordé avec précaution, le toucher se doit d'être contenant et rassurant. 

Nous abordons là le « siège de l'âme », le centre des émotions. Nous risquons de remuer les douleurs inconscientes et passées. Pour travailler sur une douleur installée qui participe à l'équilibre du sujet, nous devons être attentifs au fait que ces douleurs font partie intégrante de son vécu et ont une signification pour lui. Travailler les tensions, faire disparaître ces douleurs peut avoir une dimension traumatisante pour le patient qui se retrouve d'un coup exposé à des émotions enfouies. Il est nécessaire d'anticiper une réaction émotionnelle et d'agir avec prudence.

Il est cependant important pour nous thérapeute, d'aider notre patient à se libérer de ces tensions afin qu'il puisse reprendre le contrôle de son ventre, de ses organes et de sa respiration difficile.

Le travail autour de ces tensions n'est ni simple ni naturel. Le toucher au niveau du ventre peut être mal vécu, aussi bien par le patient que par le thérapeute, simplement parce que ce toucher ne va pas de soi : le ventre, nous l'avons vu, est un endroit intime, personnel, regorgeant de souvenirs, d'émotions ou de souffrances. Toucher le ventre c'est mettre en jeu l'intime de chacun. Il est la base de notre construction physiologique et psychique. Pas si facile de le laisser aborder par un autre, tout thérapeute soit-il. Accepter ce contact, c'est accepter d'être touché par l'autre à cet endroit devenu souffrant.

Ce simple mouvement d'acceptation permet une première étape thérapeutique qui s'avère indispensable à la possibilité du traitement. La main rassurante simplement posée sur le ventre peut être, à elle seule, une source de soulagement. Travailler à la qualité de notre toucher permet de mettre en place une relation thérapeutique qui permet au sujet de dépasser cette appréhension du contact et l'aidera à nous envisager comme une personne potentiellement aidante pour lui.

Il est important de garder à l'esprit que le ventre protège l'intime, les émotions, le secret de l'être.

Il ne s'agit pas de faire disparaître toutes les tensions, de tout ouvrir. L'intimité doit être déverrouillée de ses douleurs mais doit également rester close, afin de demeurer dans la sécurité retrouvée du ventre.

Une fois le travail d'acceptation achevé, on pourra mettre en place un travail plus global, afin de réintégrer le ventre dans l'unité du corps. L'Ampuku, le massage abdominal et tous les types de massage, la fascia thérapie sont autant de moyen d'approche et de traitement permettant d'aborder le ventre différemment.

Ce ventre mis de côté, extériorisé de soi comme objet de souffrance, pourra réintégrer, par ce travail, l'unité du sujet.


Soyons, dans un un intérêt générale que nôtre ventre à une légitimé d'exister et d'être.




Lectures m'ayant aidées à la réalisation de ce travail :

[1] :Diandue Bi Kacou Parfait ; Le Ventre de l'Atlantique, métaphore aquatique d'un mirage : idéal brisé d'un ailleurs.

Ethiopiques Revue négro-africaine de littérature et de philosophie. [consulté le 09/02/2011].Disponible sur :

https://ethiopiques.refer.sn/spip.php?article258

[2] :Janneau Marie ; Le ventre deuxième cerveau. Bio Santé. [consulté le 09/02/2011]. Disponible sur :

https://www.bio-sante.fr/le-ventre-deuxieme-cerveau.html6

Le Breton David. La Sociologie du corps.Vendôme : Puf, Que sai-je ? ; 2008.

Dolto Boris. Le Corps entre les mains. Paris : Herman ; 1976.

Galliac Alanbari Sandrine. Au bonheur du ventre. Paris : Robert Jauze ; 2009.